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(1811 - 1872)
Né à Tarbes le 30 août 1811. Mort à Neuilly le 23 octobre 1872.
Romancier. Poéte. Journaliste.
Théophile Gautier nait dans un milieu royaliste. Son père, qui fut officier pendant les guerres napoléoniennes, est une personne cultivée, un lettré ; il est employé aux service des contributions directes, d'abord en poste à Tarbes, puis à Paris (à partir de 1814). Il encouragera son fils à suivre ses dispositions littéraires.
Les études de Théophile Gautier, à partir de 1822, se déroulent à Louis-le-Grand (brièvement, car il n'y supporte pas le mode de vie de l'internat), puis à Charlemagne (en tant qu'externe). Collégien, Théophile Gautier, manifeste déjà son aversion pour les auteurs classiques, auxquels il préfére Rabelais et Villon, et quelques autres encore.
Il hésite quant à la voie qui sera la sienne. Dès le début du printemps 1829 il fréquente l'atelier du peintre Rioult, situé non loin de Charlemagne, et où il pratiquera peinture et sculpture. Il envisage alors de mener une carrière d'artiste-peintre… Gérard de Nerval dont il a fait la connaissance au collège Charlemagne, avec Pétrus Borel le présente à Victor Hugo cette même année 1829 (sans doute au mois de juin). Gautier décide alors de se consacrer à l'écriture, à la poésie. Toutefois il continue un temps de fréquenter l'atelier de Rioult.
Le 25 février 1830 Gautier assiste à la première d'Hernani. Il assistera à une quarantaine de représentation ! Il défendra Hernani avec fougue et grande ostentation contre les grisâtres. Le fameux gilet rouge arboré comme un étendard, auquel se rallient les romantiques lors de cette longue bataille d'Hernani, c'est lui qui le porte ! D'une élégance provocatrice, ce dandy (contemporain de cet autre qu'est Jules Barbey d'Aurevilly) portant gants jaunes, pourpoint de velours noir, longue chevelure mérovingienne tombant sur les épaules sera le plus fervent soutien de Victor Hugo auquel il ne cessera de vouer une grande admiration.
C'est également en 1830 que Gautier publie ses premières poésies. Mais la révolution de juillet ne se montre pas propice à l'essor de sa carrière.
En 1832 Albertus, légende archaïsante, enthousiasme les jeunes romantiques. Par contre ses écrits ne plaisent pas à tout le monde, et pas aux grisâtres, bien sûr.
En 1833 Gautier publie Les Jeunes-France, Romans goguenards où il tourne en dérision les excentricités morbides du Petit Cénacle animé par Pétrus Borel (on y boit dans un crâne, etc.) qu'il a fréquenté. Il reviendra, en 1838, dans La Comédie de la mort sur les pratiques macabres du cénacle.
En 1835, dans sa préface de Mademoiselle de Maupin, qui marque un tournant dans son approche de la littérature, une évolution dans sa personnalité, Gautier préconise l'art pour l'art 1. Sa nouvelle façon de voir les choses, indispose non seulement les classiques, mais aussi quelque peu certains romantiques.
Gautier se montrera aussi un remarquable journaliste, un critique littéraire hors pair, un excellent vulgarisateur dans les domaines de l'art, de la culture. Il écrit dans La France littéraire, Le Constitutionnel, La Chronique de Paris, Le Figaro, La Presse, Le Moniteur universel (qui deviendra Le Journal officiel, en 1869), L'Artiste (dont il sera directeur)…
Il se montrera aussi grand voyageur. En 1836, il accompagne Nerval en Belgique (Un tour en Belgique). En 1840 il visite l'Espagne (il publiera Voyage en Espagne, et España). En 1845 il s'embarque pour l'Algérie. En 1850 il part en Italie ; où il visite Milan, Venise, Florence, Rome, Naples 2. Puis il vogue vers l'Orient. De juin à octobre1852 il voit Malte, Constantinople, Athènes… De septembre 1858 à mars 1859 il découvre la Russie, Saint-Pétersbourg (Voyage en Russie). En 1862 il retourne en Algérie. En 1869 il accomplit un voyage en Égypte, en 1870 en Suisse (qu'il quitte en hâte pour revenir à Paris où il restera pendant l'épisode de la Commune).
Il aimera, sera aimé de plusieurs femmes, dont Eugénie Fort (qui lui donne un fils, Théophile, le 29 novembre 1836), Carlotta Grisi (danseuse à l'Opéra), Ernesta Grisi (qui lui donnera deux filles, Judith et Estelle ; Ernesta est la sœur de Carlotta).
Théophile Gautier ne parviendra pas à se faire élire à l'Académie française ; à trois reprises les académiciens lui préfèrent son rival (en 1867, 1868 et 1869). Mais en 1868 il est devenu le bibliothécaire de la célèbre princesse Mathilde Bonaparte.
Quelques titres : Poésies (1830), La Cafetière (conte fantastique — 1831), Albertus (1832), Mademoiselle de Maupin (1835), La Morte amoureuse (conte fantastique — 1836), La Comédie de la mort (1838), Fortunio (= L'Eldorado — 1837), Une Larme du diable (1839), Tra los Montes (1843), Poésies complètes (1845), Le Roman de la momie (1858), Histoire de l'art dramatique en France (6 volumes — 1858-1859), Capitaine Fracasse (1863), Arria Marcella (conte fantastique, in Romans et contes —1863), Spirite (fantastique — 1866)…
• 1 — |
Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien. Tout ce qui est utile est laid (extrait de la préface de Mademoiselle de Maupin). « Dans cette perspective, Gautier s'attache particulièrement au travail de la forme : richesse lexicale, recherche des sonorités, difficultés métriques, rimes soignées : la beauté de l'œuvre sera d'autant plus grande que l'artiste aura rencontré plus de difficultés techniques. Le titre d'Émaux et Camées se fait l'écho de ce travail minutieux qui s'apparente à celui de l'orfèvre.
Notons que Benjamin Constant, dès 1804, avait dans son journal intime jeté les bases de cette théorie (qui devait alors, sinon être dans l'air du temps, mais manifestement voir les conditions propres à son éclosion s'affirmer déjà) et qu'il avait, déjà, formulé l'expression d'art pour l'art.
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• 2 — |
Il aura l'occasion de voir, découverte dans une des villas (celle d'Arrius Diomèdes) de la ville antique de Pompéi dévastée par une éruption du Vésuve en l'an 79, l'empreinte qu'avait laissée sous elle, dans la boue cendreuse l'ayant submergée, une jeune-femme, une jeune pompéienne richement parée ; on lui montrera l'empreinte d'un jeune et beau buste de femme, l'empreinte d'un sein, bien lisible dans le ciment cendreux et mortel. De cela il sera grandement impressionné. Et cela lui inspirera l'un de ses récits fantastiques, qu'il intitulera, du nom de cette belle pompéienne morte près de dix-huit siècles plus tôt, Arria Marcella. |
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