ALEXANDRE DUMAS


AVENTURES DE LYDERIC
 
PREMIER COMTE DE FLANDRE


Copyright © Patrick Émile Carraud, 2002-2014

POSTFACE

de
Patrick Émile Carraud


— I —

Aventiure von den Nibelungen

Das Nibelungenlied

Les sources

De vieux manuscrits, reliés, rédigés au début du XIIIe siècle, sont découverts, par Jacob Hermann Obereit, en 1755, dans la bibliothèque du château de Hohenems.

Parmi les textes contenus dans ces manuscrits très anciens se trouvait un long poème intitulé Aventiure von den Nibelungen.

Ce long poème épique, dont le rédacteur était manifestement chrétien, se fait l’écho de traditions et de légendes païennes. Il nous conte des événements aux marges de l’histoire, des événements légendaires qui nous permettent d’éclairer l’histoire d’un jour nouveau, et que l’histoire permet de mieux comprendre. Car le récit nous montre les Burgondes, avec à leur tête le roi Gunther (le Gundahar historique), à Worms, dans leur capitale. Il nous les montre également combattant contre les Huns d’Etzel (l’Attila historique).

Afin de vous donner une idée, bien pâle, du Chant des Nibelungen, voici, avant que vous n’en lisiez, plus loin dans ces pages, le résumé, un poème de notre composition l’évoquant brièvement. Es war einmal… :

Il était une fois, un peuple, aux puissants rois,
Un peuple guerrier aux grands et fameux exploits,
Aux dames très vertueuses, et fort aimables,
Farouches, capables de haine impitoyable.

Apprenez l’histoire de ce peuple très grand,
Connaissez-les, Gunther, et Hagen, et Siegfried !
Connaissez la belle et la fière Brunehild,
Et ce qu’elle fut, la vengeance de Kriemhild !

Et alors, sachez-le, comment,
Tous, ils périrent à la fin,
Tous les héros de Burgondie !

Quelques données historiques
relatives aux Burgondes
et à la « Burgondie »

Les Burgondes s’établirent à Mayence (dont ils se rendirent maître d’abord, en 406, après avoir franchi, avec les Vandales, une dramatique nuit d’hiver, le Rhin pris par les glaces), puis à Worms. En 413 de notre ère, ils portèrent à leur tête, par élection, le roi Gundahar.

Mais Aetius, le dernier grand Romain, s'inquiéta de la naissance de cette nouvelle puissance qui se structurait à la frontière de l’Empire. En 436 il lança contre les Burgondes des troupes auxiliaires hunniques qui leur infligèrent une terrible défaite. Dans cette mémorable bataille, auprès de leur roi Gundahar qui y perdit également la vie, vingt mille guerriers burgondes seraient tombés au combat.

Les romains déportèrent alors en Sapaudia (Savoie) la nation burgonde, dont la puissance était nécessairement considérablement amoindrie.

Les Burgondes respectèrent leur statut de fédérés et connurent là une certaine prospérité. Ils fondèrent un deuxième royaume burgonde en 443.

Ce royaume connut son apogée sous le roi Gondebaud, qui se montra un souverain éclairé. Ce souverain bourguignon épris de justice, par la rédaction de la loi gombette (rédigée en latin), promulguée entre 501 et 515, manifesta son souci de voir les Gallo-romains traités avec équité par les Burgondes.

Attaqué par les Francs, le fils de Gondebaud, le faible Sigismond, se trouva bientôt prisonnier des fils de Clovis. En 534, son successeur, Godomard III est vaincu par les Francs. Mais il n’en était pas tout à fait fini alors des royaumes burgondes.

En 561 un nouveau royaume bourguignon s’étendra jusqu’aux rives de la Méditerranée.

En 879, Boson se proclama roi en Bourgogne méridionale ainsi qu’en Provence. Et en 888 Rodolphe Ier régnera sur la Bourgogne septentrionale.

En 934 Rodolphe II fut à l’origine de l’unification des royaumes de Bourgogne méridionale et de Bourgogne septentrionale.

Notons qu’en 1032, après la disparition de Rodolphe III, son cousin l’empereur Conrad II se fait couronner roi de Bourgogne.

Notons encore que dès le IXe siècle l’on avait assisté à la constitution d’un comté de Bourgogne sur la rive gauche de la Saône (relevant alors de l’Empire — Saint Empire romain germanique), et d’un duché de Bourgogne sur la rive droite.

Plus tard Jean le Bon, fils de Jeanne de Bourgogne, et roi de France, est à la tête du duché en 1361. En 1363, c’est Philippe le Hardi, le quatrième fils du roi Jean qui devient duc de Bourgogne.

Débuta alors l’histoire de ce qu’il convient d'appeler les États Bourguignons, qui s’émancipèrent rapidement de la tutelle du royaume de France pendant la guerre de Cent Ans. En 1477, à la mort tragique de Charles le Téméraire (lors d’une funeste bataille comme son lointain prédécesseur Gunther-Gundahar), la France et l’Autriche se partagèrent ces États Bourguignons.

Pour illustrer cette « fin » des États Bourguignons, de la Bourgogne, voici deux extraits de l’ouvrage d’un historien du XIXe siècle :

« […] « Alors, le corps de bataille du duc Charles se trouvant attaqué de tous les côtés à la fois, sa résistance ne put être de longue durée. Voyant que sa droite, où avait commencé la lutte, était menacée, Charles s'y porta lui-même avec quelques archers. Tout fut inutile ; la déroute de ce côté entraîna celle de tout le reste. Dès lors le carnage devint horrible ; il fut bien pire dans la fuite que dans le combat. C'était un sauve qui peut général ; cette chasse aux Bourguignons dura jusqu'à deux heures après minuit, et à quatre lieues aux environs on ne trouvait que gens morts par les champs et chemins.

« « Le duc de Bourgogne, qui n'avait cessé d'encourager les siens et de donner l'exemple du courage, blessé lui-même, fut entraîné dans cette déroute générale. Il est certain qu'il quitta un des derniers le champ de bataille. Là commence l'incertitude : on croit qu'il voulut gagner le quartier de Saint-Jean, près Nancy, où il logeait pendant le siège, et qu'en longeant un étang voisin, son cheval, Moreau, s'embarrassa dans la glace. Alors un châtelain de Saint-Dié, appelé Claude de Blamont, aurait frappé un grand coup de lance sur la croupe du cheval sans reconnaître le prince dans les ténèbres. Il blessa le duc et le renversa. Étant sourd, il n'entendit pas Charles lui crier : Sauve le duc de Bourgogne ; et il lui fendit la tête de sa hache d'armes. Olivier de la Marche, qui était présent et raconte ainsi le fait, ajoute que le sire de Blamont mourut peu après, « regrettant vivement d'avoir plutôt tué que rançonné un si grand prince 1. »

« Tel est, d'après M. Legeay, qui a résumé dans son histoire les documents les plus dignes de foi, le récit de cette fameuse bataille de Nancy et de la mort du plus redoutable adversaire de Louis XI. Charles le Téméraire avait alors quarante-trois ans.

« […] Le 10 janvier, Louis XI reçut une lettre de René II, lui donnant de plus amples détails sur la bataille de Nancy et lui annonçant la mort de Charles le Téméraire. À cette nouvelle, le roi confirma définitivement ses dispositions de la veille et écrivit de nouvelles lettres plus pressantes aux villes de Bourgogne, rappelant avec insistance « les conditions de réversibilité que les rois Jean et Charles V avaient mises en détachant la Bourgogne comme apanage de Philippe le Hardi. »

« Charles le Téméraire ne laissait qu'une héritière, Marie de Bourgogne, née d'Isabelle de Bourbon, le 12 février 1456, et alors presque âgée de vingt ans.

« Or le roi de France prétendait que les deux Bourgognes, duché et comté, étant des fiefs masculins, devaient, faute d'hoirs mâles, être réunis à la couronne. La jeune duchesse, au contraire, cédant aux instances de la duchesse douairière, Yolande d'York, aux représentations des états de Bourgogne et au conseil que le feu duc avait fait établir en prévision de sa mort, cherchait à se maintenir en possession de tout son héritage.

« Il y eut sur ce sujet plusieurs ambassades et de nombreuses discussions, pendant lesquelles Louis XI faisait avancer ses troupes et enlevait peu à peu, sans résistance, aux garnisons bourguignonnes les places les plus importantes occupées par elles. « Au fond, dit Michelet, le droit de réunir à la France ce que le défunt avait eu de provinces françaises et de détruire l'ingrate maison de Bourgogne, il n'était besoin de l'aller chercher loin, c'était pour la France le droit d'exister. »

« Les négociations dominées par cette pensée, qui est véritablement celle de Louis XI, ne pouvaient donc aboutir à aucun résultat. À toutes les tentatives du roi de France pour arriver à son but par des moyens pacifiques, Marie de Bourgogne répondit par le message suivant qu'elle adressa de Gand, le 23 janvier, aux états et aux villes de ses duché et comté de Bourgogne.

« « Vous êtes informés, leur dit-elle, que le duché de Bourgogne ne fut oncques du domaine de la couronne de France, mais d'une lignée qui avoit autre nom et autres armes, quand, par la mort du jeune duc Philippe, elle vint et échut au roi Jean, qui ladonna à son fils Philippe pour lui et toute sa postérité quelconque ; il n'est donc aucunement de la nature des apanages de France. Aussi la comté de Charolais fut acquise par lui du comte d'Armagnac, et les comtés de Macon et d'Auxerre ont été transportées par le traité d'Arras à feu mon ayeul pour lui et ses hoirs mâles et femelles. Vous remontrerez ces choses si ne l'avez fait. Je les ai déjà expliquées au roi, qui fait savoir qu'il ne veut rien ôter de mon héritage. Ainsi vous tâcherez d'obtenir un délai. Si le gouverneur de Champagne ne se veut contenter de mes raisons, disposez-vous à tenir le pays en mon obéissance, à garder les meilleures places, et, Dieu aidant, vous aurez brièvement soulagement par appointement ou autre voie. Le temps n'est pas pour asseoir sièges. Au regard de la comté, il n'est pas besoin que ceux qui me veulent ôter le mien d'un côté songent à me le garder de l'autre : appointez avec les Allemands et faites conclure la chose par Simon de Cléron : au surplus, croyez le porteur en tout ce qu'il vous dira. »

« En post-scriptum, on lisait : « Recommandez-moi aux prélats, nobles et villes de par delà, auxquels je prie qu'ils retiennent toujours en leurs courages la foi de Bourgogne, quand ores ils seroient contraints d'autrement en parler. Signé : MARIE. » »1

C’en est fini dès lors de l’autonomie, entre les anciennes Francie occidentale et Francie orientale, de cette « terre du milieu », héritière de l’antique royaume burgonde, ou de la lointaine Lotharingie.

Mais encore aujourd’hui une belle province de France porte toujours le nom que lui laissèrent les anciens Burgondes. Cette province les Français la nomment Bourgogne, les Anglais Burgundy, et les Allemands Burgund.

1 – BUET, Charles. Louis XI et l’unité française. Tours : Alfred Mame et fils, éditeurs, 1883. 240 p. P. 186 et p. 188, 189. Le texte de la note (n° 1) de bas de page (p. 186) du texte cité (« regrettant vivement d'avoir plutôt tué que rançonné un si grand prince 1. ») est celui-ci : « 1 Legeay, chap. XXI, pages 239 et suiv. ». N.B. : voici des références bibliographiques plus précises de l'ouvrage mentionné : LEGEAY, Urbain. Histoire de Louis XI, son siècle, ses exploits comme Dauphin, ses dix ans d'administration en Dauphiné, ses cinq ans de résidence en Brabant et son règne, d'après les titres originaux, les chroniques contemporaines et tous les témoignages les plus authentiques. Paris : Firmin Didot, 1874. Vol. 1 : XVI et 552 p. ; vol. 2 : 581 p.

 


Aventiure von den Nibelungen
Das Nibelungenlied

Argument détaillé et synthétique

1 – La Mort du Héros

Sur les bords du Rhin, à Worms, en Burgondie, vivait une jeune femme dont la beauté inégalée était partout célébrée. Cette jeune femme se nommait Kriemhild. Ses frères, qui veillaient sur elle, étaient le roi Gunther, et Gernot, et, le plus jeune, Giselher. C’était leur père qui leur avait légué son royaume. Leur mère était dame Ute.

Ces puissants rois des Burgondes, établis à Worms, avaient comme vassaux des guerriers, les meilleurs de leur temps, et les meilleurs jamais connus. Ces guerriers étaient Hagen von Tronje, son frère le connétable Dankwart, le sénéchal Ortwin von Metz, les deux margraves Gere et Eckewart, Volker von Alzei, Sindolt, Rumolt, et aussi Hunolt le chambellan…

Siegfried, puissant prince de Niederland, jeune, beau, valeureux guerrier célèbre pour ses hauts faits, pour s’être approprié le trésor des vaillants et redoutés Nibelungen, avoir tué un dragon, épousa la belle Kriemhild.

Ensuite, afin de rendre service au frère de Kriemhild, le roi Gunther, l’accompagna-t-il en Islande.

Il se substitua à lui lors d’épreuves imposées par Brünhild, la fière reine d’Islande, à ses prétendants. Il triompha des épreuves.

Vaincue par Siegfried, qui se présenta en simple membre de la suite de Gunther, la reine Brünhild crut l’être par le roi Gunther. Elle épousa donc ce dernier et le suivit en Burgondie.

L’attitude altière de Kriemhild, qui ne se comportait évidemment pas en épouse de vassal à son égard, ne fut pas comprise par Brünhild.

Celle-ci lui fit donc des remontrances. Kriemhild se montra insolente, puis, faisant état d’un lourd secret que Siegfried lui avait confié, injuria gravement la reine Brünhild.

Brünhild en vint à nourrir une haine farouche à l’égard de Kriemhild et de Siegfried.

Gunther se montra d’un piètre réconfort pour Brünhild, son épouse, la reine bafouée. Il ne voulut, ou il n’osa pas s’opposer au terrible Siegfried.

Mais Brünhild trouva en Hagen von Tronje une oreille attentive, une attitude compatissante : il s’engagea à venger la reine !

Après avoir tué le dragon, Siegfried s’était baigné dans le sang de celui-ci. Depuis lors, sa peau le revêtait comme une cuirasse sans défaut, qu’aucune arme ne pouvait entamer. Mais, après qu’il eût tué le dragon, une feuille de tilleul s’était collée sur son dos en sueur. Et là, à l’emplacement de la feuille, le sang du dragon n’avait pu accomplir le soin merveilleux.

Hagen complota. Hagen convainquit le roi Gunther de se ranger de son côté : seul Hagen allait se mettre en avant, seul Hagen allait s’exposer. Un combat se préparait ! On prétendait que les troupes du roi des Saxons menaçaient la Burgondie ! Siegfried proposa de se joindre aux Burgondes afin de combattre à leur côté.

Sous le prétexte de protéger Siegfried d’un éventuel coup à l’emplacement fatidique, Hagen extorqua des confidences à Kriemhild, qui connaissait l’emplacement où se colla la feuille. Il incita même Kriemhild à broder une croix sur la tunique de son époux pour désigner plus sûrement l’endroit en question. Confiante, elle la broda : une petite croix discrète.

La menace étrangère, aussitôt annoncée, se dissipa. N’allant pas à la guerre, on alla donc à la chasse. Siegfried accomplit ses exploits habituels. Pas un fauve, pas un ours ne lui résista. Il faisait chaud. L’on s’était beaucoup dépensé. L’on avait soif. Siegfried avait soif !

Hélas, Hagen, par mégarde, prétendit-il, avait fait transporter le vin bien loin du lieu où ils se trouvaient. Mais il indiqua une source à proximité. Il lança un défi à Siegfried : il était certain d’arriver à la source avant lui ! Siegfried y parvint le premier. Bien sûr. Il posa son bouclier sur l’herbe, se défit de son épée, la renommée Balmung, appuya son épieu contre le tronc d’un arbre. Mais Siegfried ne se pencha pas sur l’eau pour boire. Par respect envers le roi Gunther il attendit que celui-ci se désaltéra le premier. Gunther but. Et aussitôt s’éloigna. Siegfried se pencha enfin, il s’inclina, mit un genou en terre. Avant qu’il ne pût prendre l’eau fraîche dans le creux de ses mains, Hagen se saisit de l’épieu, et frappa, au niveau de la croix de laine brodée sur la tunique !

Le sang gicla. Hagen en fut souillé.

Siegfried se redressa, il voulut saisir Balmung, mais Hagen qui s’enfuyait, l’avait dissimulée. Siegfried, mortellement blessé, lança son bouclier vers son agresseur, et s’élança après lui. Hagen s'effondra. En l’atteignant, sous la violence du choc, le bouclier avait éclaté. Siegfried à son tour s’écroula, près de Hagen. S’il avait eu Balmung dans son poing, il tuait Hagen !

Siegfried, mourant, accabla de reproches et de malédictions ses meurtriers. Gunther, repentant, à la mort prochaine de celui qui fut son ami, se répandit en larmes.

Seul Hagen, ne regrettait rien, et le proclamait haut et fort : soucis et peines s’enfuyaient, car Siegfried était le seul guerrier en mesure de résister aux Burgondes ; il se vanta qu’il eût péri de son bras ! Siegfried confia son épouse Kriemhild à Gunther, qui s’engagea à la traiter dignement. Il mourut.

Les Burgondes s'inquiétaient de la réaction qu’allait manifester Kriemhild à l’annonce de la mort de son époux.

Hagen leur signifia qu’il lui importait peu que Kriemhild apprît la vérité, qu’il se souciait peu de son affliction, de ses larmes, de sa colère ! Aussi peu que Kriemhild s’était souciée de l’outrage fait à la reine Brünhild !

Les héros de Niederland composant la suite de Siegfried étaient trop peu nombreux pour venger leur seigneur. Kriemhild les en dissuada. Bientôt, après les obsèques, ils repartirent en leur pays.

Kriemhild, sur l’insistance de sa mère, dame Ute, de son jeune frère Giselher, demeura en Burgondie.

Mais, elle aussi, elle songeait à venger Siegfried. Elle voulait venger son époux tendrement, follement aimé !

Le temps passa.

Sur la suggestion de Hagen, Gunther demanda à sa soeur de réclamer aux gens du Niederland le trésor de Siegfried, le trésor des Nibelungen, dont elle était l’héritière, Siegfried le lui ayant donné en guise de dot. On le lui fit parvenir.

Kriemhild y puisait sans compter pour soulager les humbles et les miséreux.

Hagen s'inquiéta de la dilapidation à laquelle elle se livrait, et redouta l’usage qu’elle pouvait faire de telles ressources. Il confia son inquiétude au roi Gunther.

Le roi manifesta quelques scrupules à l’égard de sa sœur. N’avait-il pas promis à Siegfried de veiller sur Kriemhild !

Hagen, lui, n’avait rien promis. Il allait s’emparer du trésor ; et en assumer la responsabilité !

Il confisqua le trésor.

Les plus jeunes frères de Gunther, qui avaient plus de sympathie à l’égard de leur soeur que leur aîné, s’indignèrent de l’attitude de Hagen, qui proposa de jeter l’or fatal, le trésor cause de discorde, dans le Rhin ! Ainsi fut-il décidé de faire. Et Hagen s’en chargea.

Kriemhild indignée de cette nouvelle trahison s’apprêta à quitter Worms avec sa suite.

Mais arrivèrent à Worms les messagers d’un roi puissant.

2 – La Vengeance d'une Reine

Ces messagers, escortés d’une troupe nombreuse et puissamment armée, à la tête desquels se trouvait le margrave Rüdiger, étaient envoyés par Etzel, le roi des Huns.

Dame Helke, l’épouse du roi était décédée. Le Hun cherchait femme. Et la réputation de Kriemhild était parvenue jusqu’à lui. Il estimait que cette belle et fière veuve de haute naissance était digne de porter la couronne à son côté.

Gunther se réjouit du projet d’Etzel, de cette alliance matrimoniale projetée, susceptible de faire le bonheur de Kriemhild, pouvant se montrer une garantie d'amitié entre les deux nations, hunnique et burgonde.

Tous les membres du conseil se rangèrent à l’avis de Gunther qui proposait de répondre favorablement à la demande du roi Etzel. Tous. Sauf Hagen !

Sauf Hagen qui estimait que le projet de mariage de Kriemhild avec le puissant roi des Huns devait plutôt nourrir les craintes des Burgondes.

Kriemhild refusa de se marier à nouveau. Mais par courtoisie vis-à-vis de Rüdiger, dont le renom était grand, elle consentit à le recevoir.

Le margrave Rüdiger et les messagers du roi des Huns plaidèrent la cause de celui-ci auprès de Kriemhild, ils lui dirent sa richesse et sa puissance. Kriemhild accepta en définitive le mariage proposé.

Une escorte burgonde accompagna Kriemhild jusqu’à la place tenue par le margrave Rüdiger. Là les Burgondes se séparèrent de l’escorte hunnique de Kriemhild et retournèrent à Worms.

Etzel vint à la rencontre de Kriemhild. Et il l’escorta lui-même, avec ses troupes venues de partout, guerriers chrétiens ou païens, jusqu’à Etzelburg, le siège de son pouvoir.

Là eurent lieu les noces. Et bientôt Kriemhild donna au peuple des Huns un prince que l’on nomma Ortlieb.

Le temps passa.

Kriemhild n’avait pas oublié. Elle souffrait toujours. Pourtant, jamais elle n’avait été aussi choyée, aussi bien servie, jamais autant comblée de biens, comblée d’honneurs.

Jamais elle n’avait été aussi puissante.

Elle demanda à son époux de convier ses parents, de convier les Burgondes, aux grandes fêtes du solstice d’été. Etzel envoya des messagers.

Gunther les accueillit chaleureusement. Il réunit son conseil ; dont tous les membres exprimèrent l’avis d’accepter l’invitation du roi des Huns. Tous. Sauf Hagen. Et Rumolt.

Puisque Hagen semblait craindre pour sa vie en se rendant chez les Huns, on lui recommanda de demeurer en Burgondie alors que les autres partiraient. Hagen, ne voulant pas laisser croire qu’il pût jamais se comporter en pleutre, en couard, assura qu’il se rendait lui aussi au pays des Huns.

Conscient du piège tendue par la reine Kriemhild, et qui pouvait bien ne pas lui être seulement destiné, Hagen convainquit Gunther de rassembler pour le voyage une troupe puissante et nombreuse d’hommes aguerris, bien équipés, bien pourvus en armes.

Les Burgondes se rendirent donc chez le roi Etzel avec une véritable armée.1

Avant la mort de Siegfried, Kriemhild avait fait un rêve prémonitoire, annonçant le malheur : un faucon s’y voyait déchiré par des aigles. Dame Ute pria les Burgondes de ne pas effectuer un voyage qu’elle jugeait funeste : elle avait rêvé que tous les oiseaux de Burgondie étaient morts !

Hagen lui répondit que les songes ne fournissaient pas d’indications significatives et qu’il ne devaient pas être pris en considération lorsque l’honneur était en jeu.

Gunther confia la garde de la Burgondie à son homme lige Rumolt. Il lui confia la reine Brünhild et son fils. Et joyeusement les Burgondes se mirent en route. Tandis que de nombreuses et belles dames au spectacle magnifique qu’ils offraient ainsi, se répandaient pourtant en larmes.

Hagen avait autrefois, dans sa jeunesse, comme otage, séjourné au pays des Huns, il en connaissait la route. Il guida la troupe.

Les Burgondes furent arrêtés par le Danube en crue. Hagen refusa de tenter une traversé à gué du fleuve au trop fort courant. Il préférait mourir au combat, contre les Huns, que, sans gloire, noyé dans les flots tourbillonnants. Il se mit en quête d’un passeur.

Le passeur, depuis l’autre rive, refusa de faire traverser les Burgondes.

Plus tard Hagen usa d’un subterfuge : il se présenta à nouveau, mais sous le nom d’un vassal du maître du passeur. Parvenu avec sa barque sur la rive où l’attendait Hagen l’homme se rendit compte qu’il avait été joué. Il entra dans une grande colère et porta un coup de rame sur le crâne casqué de Hagen. Celui-ci tira son épée et trancha le cou du batelier.

Hagen conduisit donc la barque lui-même, descendit le courant, et passa toute l’armée burgonde sur l’autre rive.

Là, la traversée achevée, il brisa le navire. Ainsi, dit-il, devant la rencontre de la mort chez les Huns, aucun ne sera tenté de fuir, au prix de trouver une mort honteuse en se noyant dans les flots tumultueux du fleuve !

Il leur dit avoir tué le passeur. Ils étaient en terre ennemi et devaient se montrer sur leur garde.

Les Bavarois, avertis du meurtre du passeur les attaquèrent en effet. Les Burgondes en triomphèrent après une lutte acharnée, en perdant quelques hommes seulement.

Ils parvinrent bientôt au pays des Huns, à la marche commandée par le margrave Rüdiger.

Le margrave les reçut dignement, et avec enthousiasme. Le jeune Giselher fut séduit par la beauté de la fille de Rüdiger. On célébra les fiançailles. On échangea des cadeaux.

Les Burgondes reprirent bientôt la route, vers Etzelburg, escortés par Rüdiger et sa nombreuse troupe de guerriers.

La jeune fiancée, les dames de la maison du margrave, admiraient le magnifique convoi qui s’éloignait. Et, accablées d’un lourd pressentiment, elles versaient des pleurs abondantes.

Les Burgondes parvinrent à la forteresse du roi Etzel. Ils y firent grande impression.

Hagen, plus particulièrement, par sa large carrure, son imposante stature, sa grande prestance, son maintien fier et arrogant, sa démarche assurée, la somptuosité de son équipement, la beauté de ses armes, excita la curiosité des Huns, qui le savaient le tueur de l’invincible Siegfried !

La reine Kriemhild avait regardé les Burgondes s’approcher. Et la reine songeait à l’imminence de sa vengeance.

Elle embrassa Giselher. Elle n’adressa pas même la parole à Gunther. Et tourna ostensiblement le dos à Hagen.

Hagen dit ce qu’il pensait de la froideur d’un tel accueil, ce que, selon lui, il présageait. La reine se retourna vers lui et répliqua vivement. Elle laissa son courroux s’épancher, et dit qu’elle ne le voyait qu’avec déplaisir ! Qu’elle n’avait pas oublié le meurtre de Siegfried ! Non plus le vol du trésor des Nibelungen, que l’on aurait dû lui rapporter de Worms !

Hagen répondit, avec grande arrogance, qu’il était trop chargé de ses armes, de son bouclier, de son armure, de tout son harnachement militaire, pour s’encombrer du trésor ! Que ses maîtres lui avait ordonné de le jeter dans le Rhin, ce qu’il avait fait !

La reine ne put dissimuler son chagrin aux gens de sa suite, aux seigneurs qui servaient le roi Etzel. Ils s'inquiétèrent auprès d’elle de l’état d’abattement dans lequel ils la voyaient.

Elle leur dit les raisons de sa douleur. Le meurtre de Siegfried. Le vol du trésor. L’attitude arrogante et injurieuse, provocante, de Hagen, le meurtrier, le voleur ! Elle leur dit vouloir la mort du félon !

Alors soixante hommes se vouèrent à sa cause et voulurent la venger. Elle leur dit qu’ils étaient trop peu nombreux pour engager le combat contre Hagen, et Volker, son indéfectible compagnon d’arme, avec un réel espoir de vaincre. Alors, ce fut bientôt quatre cents guerriers qui se mirent à sa disposition !

Alors avec cette escorte, ces hommes l’arme au poing, Kriemhild alla à la rencontre de Hagen, assis, avec son ami Volker, dans une cour du château du roi Etzel.

Hagen, voyant venir vers lui la reine avec ses gens manifestement animés de mauvaises intentions à son égard, fit coulisser, au pommeau orné d’un joyau de jaspe d’un vert éclatant, son épée étincelante hors du fourreau, et la tint fermement, posée en travers de ses cuisses. C’était Balmung ! L’épée de Siegfried ! Et la reine la reconnaissait. Et cela lui arracha des larmes de dépit !

Hagen, imité par Volker, au mépris des règles les plus élémentaires de la courtoisie demeurait assis devant la reine, qui debout ne tarda pas à l’invectiver.

Demeurant assis au côté de Hagen, devant la reine et les guerriers Huns assemblés, Volker tenait, lui aussi, son épée, lame nue, d’un poing ferme.

Kriemhild accusa sans ambages Hagen du meurtre de Siegfried, du vol du trésor des Nibelungen, et lui demanda les raisons de tels actes !

Hagen s’emporta, et avec un aplomb et un cynisme qui ne surprirent pas la reine, reconnut ouvertement son crime, ses crimes ! Et il lui apprit pourquoi il les avait perpétrés : pour venger l’honneur de la reine Brünhild, qu’elle, Kriemhild, avait gravement offensée !

Il lui dit qu’il était bien à l’origine de tous ses malheurs, et que toutes ses menaces et ses manoeuvres ne l’impressionnaient guère !

Alors, devant l’attitude attendue et provocante de Hagen, la reine Kriemhild invita ses guerriers à châtier tant d’insolence !

Hagen et Volker s’étaient dressés. Farouches ! Terribles ! Et les Huns hésitèrent, échangèrent des regards entre eux. Et les Huns, sentant la mort si proche, refluèrent.

Grande fut la rage de Kriemhild, abandonnée de ses propres barons, humiliée une nouvelle fois ! Alors se promit-elle de se venger de Hagen par tous les moyens, quel qu’en fût le prix, au prix même de sa propre vie.

Le roi Etzel ne savait rien de tout cela.

Il convia ses hôtes à un riche banquet. S’y rendirent le roi Gunther, et le jeune Giselher, son frère, marchant au côté du margrave Rüdiger. Et Hagen, avec Volker, son ami fidèle. Et les Burgondes qui s’étaient joints à eux.

Le soir était venu. Les Burgondes ressentant la fatigue du long voyage, de la journée passée, demandèrent enfin à se retirer. Ils prirent congé du roi Etzel.

Ils rejoignirent la vaste salle mise à leur disposition où l’on avait disposé à leur intention de coûteuses literies, lorsqu’un fort parti de guerriers Huns les rejoignit. L’affrontement toutefois n’eut pas lieu.

Giselher s'inquiéta de l’attitude funeste des Huns qui contrastait grandement avec le bon accueil que Kriemhild, son aimable soeur, lui avait réservé.

Hagen et Volker, en armes, montèrent la garde devant la salle où les Burgondes s’étaient retirés pour la nuit.

Au matin Hagen réveilla les Burgondes et les invita à revêtir, non pas de fin tissus de soie, leurs riches manteaux, mais leurs cottes de mailles, leurs armures, les invita à porter leurs armes pour assister à la messe.

Quand le roi Etzel vit en quel équipement les Burgondes s’apprêtaient à se rendre à l’église il s’en étonna. Hagen lui expliqua qu’il s’agissait là d’une tradition burgonde, devant être observée par les guerriers, de rester trois jours sous les armes lorsqu’ils se rendaient à une fête. Et Kriemhild était là, qui se taisait.

Comme elle entrait dans l’église, Hagen et Volker se trouvèrent dans son passage. Ils ne s’effacèrent que de mauvaise grâce en manifestant leur mauvaise humeur de façon inconvenante. L’entourage de la reine n’osa intervenir, encore, en présence du roi Etzel, de crainte de lui déplaire.

Après l’office, entourée d’une escorte formidable, Kriemhild s’en retourna au palais.

Et commencèrent les jeux guerriers auxquels les Burgondes étaient accoutumés. Etzel admira leur dextérité, leur adresse. Voyant l’esprit belliqueux des Burgondes, ses vassaux Dietrich et Rüdiger dissuadèrent leurs hommes de participer à ces joutes. Mais des Huns osèrent les affronter.

Un jeune et arrogant guerrier du contingent hunnique ayant résisté aux assauts de Volker exaspéra tant celui-ci, que bientôt, sans respecter les règles régissant ce genre de combat, il lui passa son épée au travers du corps.

Poussant de grandes clameurs les Huns se précipitèrent. Et aussi Hagen avec une soixantaine de guerriers Burgondes. Le roi Etzel intervint en hâte pour mettre fin au tournoi et veiller à ce que s’éloignent l’un de l’autre les deux groupes.

Kriemhild rechercha l’aide de Dietrich. Celui-ci la lui refusa, invoquant les lois sacrées de l’hospitalité qu’ils ne voulait pas transgresser.

Alors la reine s’adressa à Blödel, frère d’Etzel, auquel elle promit le pays de Nudung en récompense de l’accomplissement de sa vengeance. Et Blödel accepta de la venger.

Accompagné d’un millier d’hommes en armes, Blödel se rendit à la salle mise à la disposition des Burgondes, où le connétable Dankwart et les valets burgondes prenaient leur repas. En un bref échange de mots il dit être venu pour venger la reine de la trahison de Hagen et en faire supporter le châtiment par les Burgondes.

À peine Blödel avait-il fait connaître ses intentions que Dankwart l’abattait d’un coup de son épée. Un rude combat s’engagea aussitôt. Les Burgondes repoussèrent les Huns qui perdirent dans la mêlée près de la moitié de leurs hommes. Alertés par le vacarme de la lutte, deux mille autres accoururent. Les jeunes valets des Burgondes succombèrent sous le nombre. Mais pas le connétable Dankwart ! qui parvint à se tailler un chemin vers la salle où se déroulait le festin auquel assistaient, en présence du roi Etzel et de son épouse la reine Kriemhild, les seigneurs Burgondes, le roi Gunther, et Hagen !

Comme Dankwart parvenait à la salle, le roi Etzel présentait à ses oncles de Burgondie le fils que Kriemhild lui avait donné, le jeune prince Ortlieb.

Couvert du sang des Huns qu’il avait occis, Dankwart, à la porte de la salle, informa Hagen de la manoeuvre de Blödel, de la mort des valets. Hagen lui demanda de rester à la porte, de la garder et d’interdire que les Huns sortissent de la salle !

Et Hagen frappa de son arme l’enfant Ortlieb à la tête ; le jeune prince des Huns tomba mort aux pieds de la reine Kriemhild.

Et commença un grand carnage, qu’en vain les rois Etzel et Gunther tentèrent d’empêcher. Alors, dans le fracas des armes qui s’entrechoquaient, dans les cris de douleurs, les clameurs guerrières, Gunther et ses frères, Gernot et Giselher, se jetèrent à leur tour dans la bataille.

Kriemhild demanda à Dietrich de lui porter secours. Montant sur une table, Dietrich parvint à attirer l’attention de Gunther et négocia une trêve. Le Burgonde l’autorisa à quitter la salle.

Protégeant au sein de leur groupe le roi Etzel et la reine Kriemhild, Dietrich et les siens sortirent.

Le margrave Rüdiger suivit l’exemple de Dietrich, demanda à sortir ; et Giselher lui en accorda la permission. Rüdiger et ses gens, cinq cents guerriers, quittèrent à leur tour la salle sans dommage.

De tous les Huns qui combattirent les Burgondes dans la grande salle aucun ne survécut. Les Burgondes jetèrent les cadavres dans l’escalier conduisant à la salle.

Hagen, du haut des marches, railla la conduite peu glorieuse du roi des Huns lors de la bataille.

Kriemhild s’opposa à ce que son époux répondît aux provocations de Hagen et risqua sa vie dans un combat singulier. Elle promit un bouclier plein d’or, des terres, des châteaux à qui lui offrirait la tête de Hagen ! Mais, malgré l’appui d’une forte troupe, le seul champion qui se présenta à l’appel de la reine fut vaincu.

Au soir, vingt mille Huns étaient rassemblés autour de la bâtisse où s’enfermaient les Burgondes, et montèrent en vain à l’assaut.

À la tombée de la nuit, épuisés, les Burgondes souhaitèrent négocier la paix.

Etzel la leur refusa.

Mais Kriemhild, accorda la vie sauve à ses frères, Gunther, Gernot et Giselher, et à tous leurs hommes, s’ils lui livraient Hagen !

Gunther, Gernot et Giselher s’indignèrent. Ils ne voulaient pas se déshonorer. Ils préféraient mourir plutôt que trahir les devoirs de l’amitié.

Alors la reine Kriemhild décida de faire mettre le feu au bâtiment où se réfugiaient les Burgondes. Et bientôt les flammes le ravagèrent. Mais les Burgondes, debout, le long des murs, s’abritèrent sous leurs boucliers. Et au matin, nombreux étaient-ils à avoir survécu à l’incendie.

La reine distribua de l’or aux guerriers pour les exciter au combat. Le sang coula encore à flot ! Mais les Burgondes restaient maîtres des ruines où ils s’abritaient toujours.

Le roi Etzel et la reine Kriemhild rappelèrent au margrave Rüdiger ses devoirs de vassal. Celui-ci leur dit être partagé entre les devoirs contractés à l’égard du roi des Huns et ceux qui le liaient aux Burgondes.

Le roi Etzel refusa de le relever des devoirs qui lui étaient dus. Etzel et Kriemhild le supplièrent d’intervenir en leur faveur, de combattre pour leur cause. Rüdiger s’y résolut enfin, de mauvaise grâce. Avec ses gens il pénétra dans la salle et affronta les Burgondes. Lui et Giselher, qui devait épouser sa fille, se donnèrent mutuellement la mort. Les Burgondes exterminèrent jusqu’au dernier les hommes de Rüdiger.

Dietrich, le plus puissant vassal du roi Etzel, demanda au vieil et fidèle Hildebrand de réclamer le corps de son ami Rüdiger aux Burgondes afin de lui rendre les derniers honneurs.

Le jeune Wolfhart, ayant appris ce dont les Burgondes étaient capables, voyant Hildebrand partir sans s’équiper lui recommanda de s’armer.

Voyant Hildebrand s’avancer en armes vers les Burgondes les guerriers de Dietrich s’armèrent à leur tour et se joignirent à lui.

Volker, montait la garde à l’entrée de la salle incendiée. Il reçut Hildebrand, qui demandait la restitution du corps du margrave Rüdiger, avec des sarcasmes, et provoqua Wolfhart, qui, suivit des siens se précipita dans la salle l’arme au poing.

Et une nouvelle et terrible, effroyable, bataille s’engagea.

Et de cette bataille, seuls, parmi tous les Burgondes, réchappèrent Gunther et Hagen.

Face à eux deux, de tous les hommes de Dietrich seul Hildebrand avait survécu. Gravement blessé il put néanmoins rejoindre son maître et l’informer du massacre.

Dietrich s’arma alors, et, seul avec Hildebrand, se rendit dans la salle où s’offrit à ses yeux un spectacle lamentable.

Des monceaux de cadavres à leurs pieds, exténués, en sang, mais debout, appuyés à la muraille, l’attendaient Gunther et Hagen.

Hagen refusa de se rendre, et railla la fuite de Hildebrand après le précédent combat.

Dietrich affronta Hagen, le blessa, et triompha de lui ; il parvint à lui lier les mains.

Il livra ce valeureux guerrier à la reine Kriemhild dont il implora pour lui la pitié.

Ensuite il retourna à la salle combattre Gunther.

Gunther subit un sort analogue à celui de Hagen.

Kriemhild réclama à Hagen la restitution du trésor qu’il lui avait jadis ravi.

Arrogant, toujours, depuis sa geôle, il lui expliqua qu’il s’était engagé à ne pas confier, à quiconque, l’indication du lieu où il avait dissimulé le trésor tant que son seigneur, le roi Gunther, vivrait !

Kriemhild fit aussitôt décapiter son frère Gunther et présenter la tête à Hagen, qui refusa encore de livrer son secret.

Alors Kriemhild se saisit de Balmung, l’épée qui fut celle de Hagen, qui fut celle de Siegfried, et s’approcha de Hagen, et la maniant de ses deux mains, lui trancha le cou !

Mais le vieil Hildebrand ne put admettre qu’une femme traita de la sorte un tel homme, si vaillant, sans défense. D’un violent coup de son épée il frappa la reine Kriemhild, qui s'effondra, mortellement touchée.

Ainsi, donc,
voici comment ils périrent, tous ceux qui,
un jour, entrèrent en possession
du trésor maudit des
Nibelungen.

1 – Dans le texte original du manuscrit « Aventiure von den Nibelungen » les Burgondes sont nommés Nibelungen à partir de cet épisode.


— II —

Völsunga Saga

La Saga des Völsungär

Les sources

Certains des éléments de la Völsunga Saga, et non des moindres, se retrouvent dans le Reginsmal, dans le Codex Regius, dans les textes eddiques (Edda), chez Saxo Grammaticus. D’autres éléments sont issus de sources maintenant perdues.

La Völsunga Saga reprend des mythes fort antérieurs, et non seulement relativement caractéristiques du monde germano-scandinave, mais aussi de toute l’ère centreeuropéenne.

Tous les textes mentionnés plus haut nous content une mésaventure divine ayant des retentissements considérables sur les vies de nombreux héros humains.

Le thème initial, qui sous-tend tout le récit, est aussi celui qui forme l’essentiel de la charpente des « Aventures de Lyderic » (court roman d'Alexandre Dumas), de la charpente des « Aventiure von den Nibelungen », et de celle de la célèbre tétralogie wagnérienne« : un trésor fabuleux, conquis sur un dragon, et, attaché à ce trésor, extorqué à son légitime propriétaire, une malédiction qui s’abat sur les infortunés grands et valeureux personnages qui entrent en sa possession.

La Völsunga Saga fut élaborée au cours du XIIIe siècle. Sa rédaction, sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui, daterait des environs de l’an 1400.

Cette saga nous conte l’histoire de Völsung. Cette saga nous conte l’épopée des Völsungär, nous conte l’épopée d’une noble famille, dont les membres sont les descendants de ce Völsung, qui fut roi des Huns !

 


Völsunga Saga
La Saga des Völsungär

Argument détaillé et synthétique

1 – Le Prix du Sang de la Loutre 1

Hreidmar possédaient de riches domaines. Hreidmar jouissait de pouvoirs magiques. Hreidmar avait trois fils. Ses trois fils se nommaient Regin, Otr, et Fafnir.

Regin ressemblait à un Nain. Et comme les Nains, Regin se montrait un forgeron habile. Il était « savant, brutal et versé dans l’art de la magie » 2.

Otr jouissait de l’étrange faculté de pouvoir se transformer en loutre ! Il était ainsi capable de plonger, de nager dans un ruisseau et de se nourrir de poissons.

Quant à lui, Fafnir possédait également un pouvoir de métamorphose…

Les trois divins Ases Odin, Hœnir et le malicieux, le maladroit, le souvent mal intentionné Loki parcouraient le monde en quête d’aventures.

Depuis la rive d’un torrent ils aperçurent, près d’une cascade, une loutre dévorant un saumon.

Le dieu Loki, d’une pierre habilement lancée, tua la loutre. Ce beau coup lui valut à la fois une belle pièce de gibier et un gros poisson !

Les Ases parvinrent à la demeure de Hreidmar. Ils y demandèrent l’hospitalité pour la nuit. Et là, fiers de leurs prises, ils les montrèrent bien haut ! Alors Hreidmar, et Regin, et Fafnir reconnurent Otr ! Leur fils, leur frère !

Les trois Ases ne purent échapper à un sort funeste qu’en promettant une très substantielle compensation. Ils s’engagèrent à remplir, puis à recouvrir d’or la dépouille de la loutre ! Loki fut envoyé à la recherche du butin nécessaire à leur sauvegarde.

Le Nain Andvari, forgeron habile, était riche. Très riche ! Il possédait beaucoup d’or. Et Loki le savait.

Andvari pouvait lui aussi se métamorphoser. Et il vivait la plupart du temps dans une rivière, sous la forme d’un brochet.

Loki parvint à prendre Andvari dans un filet. Alors Loki dit à Andvari qu’il l’épargnerait s’il lui remettait tout l’or qu’il possédait. Andvari céda au chantage ; mais il souhaita conserver un anneau d’or, un anneau dont les propriétés l’aideraient à reconstituer son trésor. Loki se saisit de tout l’or, de l’anneau magique !

Alors, le Nain, retourné à l’abri de sa caverne, lança une malédiction. Et cette malédiction voua à la mort deux frères ! Et huit princes ! Les richesses du Nain, à nul homme, jamais, ne profiteront : telle était la malédiction !

Odin, remarquant l’anneau d’or, se l’appropria. Et les Ases remplirent la dépouille d’Otr, et la recouvrirent d’or.

Mais Hreidmar, vigilant, constata qu’un poil de la loutre apparaissait sous l’or. Odin, à contre cœur, dut se départir de l’anneau. Il déposa l’anneau merveilleux, et ainsi masqua le poil.

Odin dit que le dédommagement était complet. Et les Ases quittèrent la demeure de Hreidmar. Alors, Loki fit part au père et à ses fils de la malédiction pesant sur l’or : le trésor ne profitera à personne !

Et la malédiction s’accomplit en effet. Le Nain n’avait pas menti. Loki non plus, cette fois-ci.

Les deux frères, Regin et Fafnir, réclamèrent leur part de butin. Et Hreidmar s’opposa à eux, refusant de se séparer de la moindre parcelle d’or. Fafnir s’emporta, et tua son père ! Alors, après avoir tué son père, Fafnir s’empara du trésor, et quitta la demeure.

Fafnir se réfugia dans une région déserte où il dissimula le monceau d’or au fond d’une caverne.

Et là, au fond de sa grotte, se muant en un redoutable dragon, Fafnir veillait sur l’anneau, sur le trésor. Là, le dragon veillait sur son or !

1 – Locution désignant l’or dans la poésie scaldique (après avoir parcouru les pages qui suivent le lecteur en comprendra le pourquoi). Cf. PAGE, R. I. Mythes nordiques. Traduit de l'anglais par Christian Cler. Paris : Éditions du Seuil, 1993. 184 p. P. 150 et suiv.

2 – « Selon le Codex Regius », in : PAGE, R. I. Mythes nordiques. Traduit de l'anglais par Christian Cler. Paris : Éditions du Seuil, 1993. 184 p. P. 150.

2 – Devoir de Vengeance

Völsung, descendant d’Odin, était un guerrier valeureux. Il était parvenu à régner sur la nation hunnique !

Ce roi vigoureux était père de onze enfants : dix garçons et une fille. L’un de ses fils se nommait Sigmund, la fille, soeur jumelle de Sigmund, Signy.

Signy fut remarquée par le puissant roi Siggeir, venu du pays des Goths. Siggeir, le Goth, épousa donc Signy. De grandes festivités eurent lieu à cette occasion ; un riche banquet fut offert.

Alors que tous les convives, dans la grande salle, étaient rassemblés autour des feux, un visiteur inconnu survint. Il était vieux ! Et il était borgne ! Il portait une large cape. Et un capuchon lui masquait en partie le visage !

L’énigmatique visiteur s’avança, l’épée au poing ! Et violemment il enfonça la longue lame de son épée dans le tronc du grand arbre autour duquel était bâti le palais de Völsung ! Et il dit que l’épée appartiendra à qui pourra la dégager du tronc !

Le sombre vieillard majestueux et inquiétant s'esquiva…

Ne serait-ce pas Odin lui-même, ce visiteur inconnu ?

Seul Sigmund parvint à dégager l’épée. L’épée était de très belle facture. Et personne n’en avait vu d’un tel prix. Siggeir voulut l’acheter. Sigmund refusa de la lui vendre.

Ce refus, Siggeir le ressentit durement. Il s’en offensa. Sans plus attendre, mettant un terme aux noces, contraignant son épouse à le suivre, il repartit vers son pays.

Avant le refus qu’il estimait injurieux, Siggeir avait invité Völsung, le roi des Huns, à le visiter au pays des Goths.

Mais quand Völsung, avec ses gens, arriva en Gothland, une armée lui livra bataille. Malgré son grand âge sa bravoure était intact. Et Völsung, à une fuite honteuse, à la vie sauve, préféra une mort digne, au combat !

Völsung, et tous ceux qui l’accompagnaient périrent dans la mêlée. Seuls les dix fils de Völsung survécurent. Prisonniers, ils furent enchaînés.

Siggeir, le Goth, à la prière de son épouse Signy, ne massacra pas les frères de celle-ci. Il les abandonna en forêt, liés à un arbre mort.

Les frères moururent l’un après l’autre. Chaque nuit, un fauve, une louve, sortait de sa tanière proche et dévorait l’un des frères. Bientôt seul survécut Sigmund.

Sans trahir ouvertement son époux, Signy dépêcha un serviteur auprès de Sigmund : il devait lui enduire le visage de miel et lui en verser dans la bouche !

Le jour s'acheva. Les ténèbres s'appesantirent sur les bois sombres et profonds. Alors la louve à nouveau s’approcha, venant chercher sa pitance nocturne. La bête lécha le miel sur la face de Sigmund. Entre les lèvres de Sigmund, la bête, avide du miel à la saveur sucrée, enfonça sa langue.

Sigmund referma sur cette langue ses mâchoires ! La bête sursauta avec violence, se débattit avec force, folle de douleur ! Mais Sigmund ne desserra pas les dents !

L’arbre auquel Sigmund était attaché se rompit. La bête, la langue arrachée, s’effondra enfin et mourut.

Sigmund resta dans la forêt épaisse. Il s’y cacha. Il s’entretint avec Signy de la suite à donner à ces sinistres événements. Ils songeaient à se venger !

La soeur envoya à son frère, afin de lui apporter toute l’aide voulue, les deux fils que Siggeir lui avait donnés. Mais ces deux jeunes neveux se montrèrent si couards que Sigmund les mit à mort.

Alors la soeur décida de donner un fils à son frère, un fils qui saurait se montrer digne de lui, digne d’eux deux, qui saurait être l’outil de leur vengeance. Alors elle prit l’apparence d’une belle et désirable sorcière ! Et la magicienne rencontra Sigmund dans les bois. Elle le connut. De l’inceste naquit Sinfiotli.

Sigmund se chargea de l’éducation de son fils, il lui enseigna le maniement des armes.

Sinfiotli était prêt maintenant. Le père et le fils gagnèrent la demeure de Siggeir. Sinfiotli y tua ses deux jeunes cousins, ses demi-frères. Mais Sigmund et Sinfiotli ne purent triompher de tous les gens de Siggeir. Ils furent vaincus, et entravés. Ils furent enfermés dans une tombe, sous un tertre, condamnés à souffrir une longue et horrible agonie dans le froid et l’obscurité.

Signy leur fit parvenir, dans la chambre mortuaire, avant que l’on obstrue l’ouverture, un quartier de viande. Dans ce quartier de viande elle avait enfoncé une épée.

Sigmund et Sinfiotli, à l’aide de cette lame, forcèrent la paroi de la tombe, découpèrent la tourbe formant le tumulus et échappèrent à la mort. Ils retournèrent à la demeure royale et l’incendièrent !

Dans l’incendie périrent Siggeir et Signy ; Signy qui resta aux côtés de son époux, se rachetant ainsi de ses manquements à ses devoirs d’épouse.

Son devoir de vengeance accompli, Sigmund, qu’accompagna son fils Sinfiotli, regagna la terre de son père.

Sigmund, fils du défunt roi Völsung, devint à son tour roi des Huns, et épousa Borghild. Borghild donna deux autres fils à Sigmund. L’un de ces fils se nomma Helgi. Et son nom fut fameux !

3 – L'Épée Brisée

Sinfiotli et son jeune demi-frère Helgi équipèrent des navires et partirent à l’aventure. Au cours de l’une de ces opérations de piraterie Helgi tua le roi Hunding. Helgi refusa aux fils de Hunding tout dédommagement pour la mort de leur père. Les fils de Hunding rassemblèrent une armée. Helgi en triompha, et le sang coula à flot !

Et voici, le combat achevé, qu’apparurent aux yeux de Helgi, une troupe de cavalières. L’une de ces belles et farouches guerrières, l’une de ces Walkyries, lui dit se nommer Sigrun. La princesse Sigrun avait été promise par son père au roi Hoddbrodd. Mais Sigrun estimait que Hoddbrodd était un pleutre ! Et elle n’en voulait pas pour époux.

Helgi se voua au service de Sigrun. Et pour lui épargner une alliance si infamante il fit appareiller ses navires vers le royaume de Hoddbrodd.

Les Walkyries l’aidèrent à vaincre Hoddbrodd. Helgi épousa Sigrun.

Sinfiotli poursuivit ses expéditions. Puis bientôt il rencontra une femme qu’il désira ardemment. Mais, cette femme désirable, un autre la convoitait. Cet autre, Sinfiotli le tua. Mais cet autre était le frère de Borghild, sa marâtre, l’épouse de Sigmund.

Sinfiotli fut bientôt de retour près de son père qui l’accueillit avec grand plaisir. Quant à Borghild ce fut un accueil glacial qu’elle lui réserva. Malgré l’attitude de la reine, sur l’insistance de son père le roi, Sinfiotli resta au palais ; alors que se déroulaient les funérailles, le festin servi en l’honneur du frère de Borghild.

La reine Borghild servit les convives. Borghild présenta une corne pleine de boisson à Sinfiotli. Il la refusa. Borghild lui offrit une nouvelle fois une corne de bière. Sinfiotli repoussa encore la bière ! Sigmund, tout à fait mithridatisé, but aussi cette bière.

Une troisième fois la reine Borghild tendit une corne de bière à Sinfiotli. Et Sinfiotli refusa encore une fois la boisson offerte par la reine ! Et il dit que le breuvage qu’on lui destinait était empoisonné ! Mais le roi Sigmund, déjà ivre, dit à son fils, joyeux conseil, de boire sa bière en la filtrant avec ses moustaches !

Sinfiotli but donc la bière. Et Sinfiotli s’effondra. Il était mort.

Sigmund, que le chagrin submergeait, porta le corps de son fils jusqu’au bord de la mer. Un homme était là qui l’attendait. Un homme dont la barque était d’une telle taille qu’elle ne pouvait accueillir que deux personnes. Le cadavre à bord de son frêle esquif, le naute s’éloigna du rivage. Et Sigmund, marchant sur la dure terre des hommes, longeait la rive. Il se retourna pour suivre des yeux le dernier voyage de son fils… La barque, le passeur, son fils avaient disparu ! 1

Le naute, n’était-ce pas Odin ?

Sigmund chassa Borghild. Et la reine répudiée ne tarda pas à mourir. Sigmund épousa la princesse Hiordis.

Lungvi, un puissant guerrier prétendait obtenir la main de Hiordis. Lungvi était l’un des fils du roi Hunding qu’avait tué Helgi, fils de Sigmund. Lungvi fut ulcéré de voir Hiordis lui préférer Sigmund. Lungvi, ayant rassemblé une armée, attaqua donc la nation des Huns !

Sigmund déjà âgé suivit l’exemple de son père Völsung, qui vieux aussi, avait combattu contre les Goths avec courage et dignité.

Mais au plus fort de la bataille se dressa tout à coup devant Sigmund un personnage à l’apparence inattendue, et à l’équipement particulier. Ce personnage était vêtu d’un grand manteau noir qui l’enveloppait, il portait un grand chapeau au bord large et souple. Et ce personnage était borgne ! Et ce personnage brandissait une lance ! Sigmund abattit sa belle et valeureuse épée, sa merveilleuse épée contre la lance. La hampe de la lance ne fut pas tranchée ! Et l’épée se brisa !

Ce personnage, borgne, tout de noir vêtu, n’était-ce pas Odin ?

Les Huns furent défaits. L’épouse de Sigmund, Hiordis, qui attendait un enfant de lui, après l’affreuse mêlée guerrière parcourut le champ de bataille. Elle découvrit parmi les morts, les agonisants, Sigmund mortellement blessé. Sigmund lui dit que l’enfant à naître, ce fils, allait connaître un glorieux destin. Il lui dit de prendre son épée brisée. Il lui dit d’en donner les fragments, le temps venu, à ce fils. Sigmund expira.

En expédition dans ces parages, le fils du roi du Danemark survint. Il avait sous ses ordres une puissante troupe de vaillants guerriers Danois. Il accorda sa protection à la veuve Hiordis.

1 – « Sigmund se leva et son deuil failli le faire mourir, il prit le cadavre / de Sinfjötli / dans ses bras, s’en alla à une forêt et arriva finalement à un fjord. Là il vit un homme dans une petite barque. Cet homme lui demanda s’il voulait qu’il lui fasse traverser le fjord. Il accepta. Le bateau était si petit qu’il ne pouvait les transporter tous, le cadavre fut transporté le premier et Sigmund marcha le long du fjord. Sur ce, le bateau, de même que l’homme, disparurent de la vue de Sigmund. (Völsunga saga, chapitre 10) » ; in : BOYER, Régis. La Mort chez les anciens Scandinaves. Paris : Éditions Les Belles Lettres, 1994. 241 p. P. 156.

4 – Une Lame nue entre leurs deux Corps

Hiordis donna le jour à un garçon. Ce fils de Hiordis, ce fils de Sigmund, ce petit-fils de Völsung, on le nomma Sigurd 1.

Sigurd fut élevé chez le roi du Danemark. Et l’éducation du jeune Sigurd fut confiée au forgeron Regin. Mais Regin avait un esprit retors, plein de mauvaises intentions !

Regin s'employa à déconsidérer aux yeux de Sigurd ses bienveillants protecteurs, le prince et le roi du Danemark.

Sigurd testa la complaisance du roi à son égard. Il lui demanda la fourniture d’une monture. Le roi l’autorisa à choisir lui-même son cheval parmi ceux de ses écuries, d’y prendre le meilleur.

Dans l’écurie du roi soudain un vieil homme se trouva au côté de Sigurd. Ce vieillard barbu, et borgne, lui était inconnu. Et le vieillard guida son choix. Donc Sigurd choisit un animal magnifique, dont le géniteur n’était autre que Sleipnir, le cheval d’Odin ! Cette monture que Sigurd avait choisie sur les conseils du vieillard on la nommait Grani.

Mais, ce vieillard borgne, n’était-ce pas Odin lui-même ?

Regin entreprit de faire servir ses intérêts par la très grande et jeune force de Sigurd. Il l’informa que le dragon Fafnir, tapi dans son repaire, passait, pour le mieux surveiller, son temps vautré sur un tas d’or.

Afin de conquérir ce trésor Regin dut armer convenablement le jeune et impétueux Sigurd. Aussi, avec toute la science qui était la sienne, lui forgea-t-il une lame. Mais l’épée se brisa lorsque Sigurd en frappa l’enclume du forgeron. Regin forgea alors une seconde lame, qui se brisa de la même façon.

Alors Sigurd se rendit près de sa mère Hiordis. Et Hiordis lui donna les fragments de l’épée de son père Sigmund, les fragments de l’épée que Sigmund mourant lui avait confiés.

Avec les éléments de cette extraordinaire et vénérable épée le forgeron Regin conçut une nouvelle épée, toute aussi merveilleuse que celle dont elle était issue, une épée particulièrement tranchante et robuste. De cette épée Sigurd put fendre l’enclume et son embase de bois, il put trancher, à la seule force du courant, un brin de laine dérivant sur l’onde d’un ruisseau.

Doté d’une telle arme Sigurd était en mesure de venger son père. Il se mit à la tête d’une expédition et tua enfin les meurtriers de Sigmund.

Alors, son devoir de vengeance accompli, Sigurd, qu’accompagna Regin, prit le chemin du repère du dragon Fafnir. Ils trouvèrent sans difficulté les traces que laissait le monstre là où il venait s’abreuver. Les empreintes du dragon étaient à ce point formidables que la résolution de l’intrépide Sigurd vacilla un instant. Regin lui conseilla de creuser une fosse sur le passage du monstre. Regin lui conseilla d’y descendre, d’y attendre, et de frapper le ventre mou du dragon lors de son passage sur la fosse.

Sigurd entreprit donc de creuser la fosse. Un vieil homme survint à l’improviste. Et ce vieil homme lui prodigua de fort judicieux conseils. Le vieillard lui recommanda de creuser plusieurs fosses et de se tenir dans celle qui ne pourra se remplir du sang venimeux du dragon. Sigurd s’en remit aux pertinents avis du vieillard et parvint ainsi à tuer le dragon Fafnir !

Ce vieillard éclairé et matois, n’était-il pas le dieu Odin ?

Après la mort de Fafnir, le prudent Regin réapparut. Il but une gorgée du sang de Fafnir. Il arracha le cœur du dragon. Il dit à Sigurd de le faire cuire.

Sigurd tailla une branche. Il alluma un feu de bois. Sur la branche il embrocha le cœur de Fafnir et le porta audessus des flammes. Du sang dégoutta du cœur dans la chaleur du foyer. De la main Sigurd tâta le cœur, pour en vérifier la cuisson. Il porta ensuite la main à sa bouche. Il goûta ainsi le sang du dragon ! Et dès que le sang fut dans sa bouche, merveilleuse vertu que lui conféra le sang de Fafnir, Sigurd comprit le chant des oiseaux !

Il entendit un premier oiseau, une mésange, chanter. Et l’oiseau lui donnait le sage conseil de manger le cœur du dragon 2 !

Et les oiseaux chantaient encore. Et Sigurd les comprenait. Les oiseaux disaient combien Regin savait se montrer perfide, Regin qui fit tuer son frère Fafnir, son frère doué de capacité de métamorphose, qui le fit tuer par Sigurd pour s’emparer du trésor. Et les oiseaux lui conseillaient de trancher le cou du fourbe Regin. Et les oiseaux lui disaient de se rendre auprès de la Walkyrie Brynhild, et de s’en remettre à ses conseils.

Sigurd avait écouté les oiseaux. Il suivit les indications qu’ils lui avaient données.

Sigurd tira sa belle et terrible épée du fourreau et trancha le cou de Regin. Sigurd mangea une part du cœur du dragon, et prit grand soin d’en conserver le reste. Et Sigurd s’empara du trésor de Fafnir, qui était immense. Plusieurs bêtes de somme auraient été normalement nécessaires pour le transporter. Mais Grani, la brave et puissante monture issue de Sleipnir, se montra capable de supporter une telle charge, et aussi le poids de son maître quand celui-ci enfin l’enfourcha !

Sigurd se rendit sur la montagne où se dressait la citadelle de la Walkyrie Brynhild. Cette forteresse était entourée de hautes flammes. Sigurd franchit et les flammes et les murs. Dans la forteresse, sur une couche, gisait un guerrier en armes. De son extraordinaire épée Sigurd trancha la cuirasse du guerrier gisant là. Et il vit que le gisant était une guerrière ! C’était Brynhild ellemême ! La Walkyrie condamnée par Odin à un sommeil merveilleux pour lui avoir désobéi.

Sigurd tira de son sommeil la belle Walkyrie. Et son beau corps, et son vif esprit le séduisirent. Et le courage, et la force, et l’adresse de Sigurd séduisirent Brynhild. Et tous deux en vinrent à s’aimer l’un l’autre. Et ils se promirent un indéfectible amour.

Sigurd enfourcha à nouveau Grani et parvint chez Heimir, le père de Brynhild, où il impressionna grandement par la magnificence de son train. Chez Heimir Sigurd retrouva Brynhild à qui il déclara son amour une nouvelle fois. Mais la Walkyrie lui précisa qu’elle ne pouvait trouver du plaisir que dans le combat et que tous deux n’étaient pas destinés à vivre ensemble. Brynhild révéla alors à Sigurd que le destin lui donnait d’épouser Gudrun, la fille de Giuki.

Sigurd se refusa à admettre cette triste prédiction. Il offrit un anneau d’or à Brynhild. Et cet anneau provenait du trésor gagné sur Fafnir. Et cet anneau était l’anneau merveilleux, l’anneau magique, l’anneau maudit par le Nain Andvari !

Le roi Giuki régnait sur des terres traversées par le Rhin, loin vers le sud. L’épouse de Giuki était la magicienne Grimhild. Giuki et Grimhild avaient trois fils et une fille. Les trois fils se nommaient Gunnar, Hogni, Guttorn. La fille se nommait Gudrun.

Brynhild, la Walkyrie, était l’amie de la princesse Gudrun. Et Gudrun ayant fait un rêve étrange en demanda la signification à la Walkyrie. Alors la Walkyrie révéla que le destin de Gudrun était d’épouser Sigurd, et que Gudrun devait ensuite éprouver la perte douloureuse de son époux !

Sigurd se rendit au palais de Giuki. Et Giuki fêta l’arrivée du riche héros. La sorcière Grimhild, l’épouse de Giuki, estima qu’une alliance de sa maison avec un tel guerrier, d’une telle richesse, serait profitable. Mais l’amour que portait Sigurd à Brynhild contrariait ses projets. Alors Grimhild confectionna-t-elle un philtre magique. Et ce philtre d’amour elle le fit boire par Sigurd. Et Sigurd oublia l’amour qui le portait vers Brynhild. Sigurd accepta avec empressement d’épouser la belle Gudrun.

Les épousailles donnèrent lieu à de grandes festivités. Et Sigurd, Gunnar, Hogni se firent frères de sang. Et ensemble ils partirent en expéditions guerrières. Et de la guerre ils revinrent plus riches, plus puissants encore.

Et Sigurd offrit à son épouse Gudrun la part du cœur du dragon Fafnir, la part qu’il n’avait pas consommée. Et Gudrun, après avoir mangé le cœur du dragon gagna encore en intelligence ; mais également en cruauté.

Gunnar songeait à prendre femme à son tour. Il jeta son dévolu sur la belle et fière Brynhild. Aussi pour la séduire tenta-t-il de franchir les flammes qui entouraient la forteresse où elle résidait. Mais sa tentative fut un échec, sa monture refusant de l’élancer au travers du mur de flammes.

Sigurd accorda son aide à Gunnar. Il lui prêta son coursier Grani. Mais Grani refusa d’obéir aux ordres de Gunnar.

Aussi Sigurd et Gunnar « échangèrent-ils leurs apparences » 3. Sigurd chevaucha donc Grani et franchi la muraille ardente. Brynhild se trouvait là, dans la forteresse, qui l’attendait, toute armée, le heaume en tête. Et Sigurd, qui alors avait les traits de Gunnar, lui dit qu’il avait traversé la muraille de flammes, et donc que sa valeur, son courage, et les engagements qu’elle avait pris lui méritait sa main. Brynhild accepta.

Brynhild et Sigurd, dont les traits étaient ceux de Gunnar, partagèrent la même couche ; mais l’épée nue entre leurs corps qui n’entrèrent pas en contact.

Alors Sigurd, dont l’apparence était toujours celle de Gunnar, reprit à Brynhild l’anneau qu’il lui avait auparavant offert. Et il lui en offrit un autre. Et il quitta la demeure de la Walkyrie, franchissant à nouveau la barrière de feu. Sigurd rejoignit Gunnar. Et chacun d’eux retrouva alors son apparence véritable.

Les noces de Gunnar furent célébrées avec magnificence.

Trop tard, alors que s'achevaient les festivités, Sigurd se trouva tout à coup libéré du sortilège qui lui avait fait oublier son amour pour Brynhild.

Une querelle sérieuse opposa bientôt Brynhild et Gudrun. La querelle s’envenima rapidement. Brynhild revendiquait la préséance, estimait que Gudrun lui manquait de respect. Brynhild fit valoir son rang, celui de son époux, le roi Gunnar et la valeur, l’audace, le courage, la grandeur d’âme de celui-ci. Alors Gudrun apprit à Brynhild comment elle fut mystifiée. Et lui démontra ses dires, elle lui désigna, l’anneau massif, l’anneau merveilleux, qu’elle, Gudrun, portait au doigt ! Brynhild reconnut l’anneau ; l’anneau que Sigurd lui avait offert. L’anneau que Sigurd, donc, en la trahissant lui avait repris pour l’offrir à une autre, à Gudrun !

Brynhild se jura de se venger terriblement d’une telle humiliation, de se venger de tous ceux qui l’avaient humiliée ! De Gudrun, et Sigurd, et Gunnar !

Brynhild s’efforça dès lors d’exciter la méfiance, la défiance de son époux à l’égard de Sigurd dont la valeur et la force, le prestige, les richesses, constituaient, selon elle, une menace, un danger pour Gunnar lui-même et sa maison. Elle menaça Gunnar de le quitter s’il persistait à ne vouloir rien entreprendre contre Sigurd.

Gunnar hésitait. Il était lié à Sigurd par serment, par les liens sacrés qu’il avait contractés vis à vis de lui en se faisant son frère de sang. Mais il jalousait et convoitait les richesses de Sigurd, son trésor fabuleux gagné sur le dragon. Son frère Hogni était également empêché d’agir à l’encontre de Sigurd par les mêmes scrupules.

Mais le plus jeune frère de Gunnar, Guttorn, ne pouvait avoir ces scrupules, puisqu’il n’était pas le frère de sang de Sigurd. L’aîné et le cadet encouragèrent donc le benjamin à tuer Sigurd. Ils lui promirent de grands biens, de grands honneurs, des richesses, du pouvoir ! Avec le concours de leur mère Grimhild ils l'ensorcelèrent en lui faisant ingurgiter un philtre magique dans la préparation duquel étaient entrés les ingrédients les plus abominables.

Dans le palais de Gunnar, confiant, Sigurd se reposait. Guttorn s’introduisit dans la chambre. Sigurd se tourna vers lui, et le regarda. Devant ce regard terrible, Guttorn s’enfuit.

Une deuxième fois Guttorn s'introduisit dans la chambre. Une deuxième fois Sigurd se tourna vers lui. Et devant le regard du héros, Guttorn s’enfuit encore.

Une troisième fois Guttorn s’introduisit dans la chambre. Cette fois-ci Sigurd sommeillait. Alors Guttorn lui enfonça son épée dans le corps ! De son épée il transperça le corps de Sigurd !

Sigurd s’éveilla. Sigurd se saisit de son épée et la projeta en direction de Guttorn qui déjà s’enfuyait vers la porte. Guttorn, le corps tranché net, s’effondra lamentablement.

Gudrun partageait la couche de Sigurd. Elle s’éveilla, couverte de sang.

Aux larmes, aux plaintes de Gudrun répondirent les éclats de rire de Brynhild.

Brynhild railla son époux Gunnar, lui faisant valoir combien Sigurd, ce héros, aller manquer cruellement à ses côtés dans la bataille.

Puis Brynhild mit fin à ses jours. Elle avait demandé à partager le bûcher funéraire de Sigurd, une épée, lame nue, entre leurs deux corps 4.

1 – Ce personnage correspond à celui du Siegfried des Aventiure von den Nibelungen, ou à celui du Siegfried de la Tétralogie wagnérienne.

2 – « Là est assis Sigurd, de sang aspergé. / Sur le feu il rôtit le cœur de Fafnir. / Sage me semblerait ce semeur de l'anneau [le prince] / S'il mangeait le cœur chatoyant du serpent. », in : PAGE, R. I. Mythes nordiques. Traduit de l'anglais par Christian Cler. Paris : Éditions du Seuil, 1993. 184 p. P. 167.

3 – PAGE, R. I. Mythes nordiques. Traduit de l'anglais par Christian Cler. Paris : Éditions du Seuil, 1993. 184 p. P. 170.

4 – « Fais dresser sur la plaine / Une large pile de bûches, / Que pour nous tous y ait / Autant de place / De ceux qui périrent avec Sigurdr. / Que l’enceinte en soit ornée / D’écus et de tentures, / D’étoffes du sud teintes / Et de faucons en quantité ; / Que l’on brûle le Hun / Sur l’un de mes flancs. / Que brûle sur l’autre flanc / Du roi hunnique / Les gens de ma maison / Parés de leurs colliers, / Deux à la tête / Avec deux faucons /…/ Ne résonneront pas alors ; / Sur ses talons, / Les portes refermées, / D'anneaux ornées, /…/ Car notre départ / Ne sera point misérable, / D'autant que l'accompagnent / cinq servantes, / Huit serviteurs, / De noble origine, / Ma nourrice / Et tous /mes/ biens patrimoniaux […]. ». Extrait de la Sigurdarkvida hin skamma (Edda poétique) ; in : BOYER, Régis. La Mort chez les anciens Scandinaves. Paris : Éditions Les Belles Lettres, 1994. 241 p. P. 186. N.B. : nous ne reproduisons pas les notes (de fin de chapitre ; p. 201, 202) relatives au texte de l'Edda cité ici.
Dans la traduction des Eddas par Rosalie du Puget (Les Eddas — traduites de l'ancien idiome scandinave par Mlle R. du Puget. Paris : Garnier Frères, libraires-éditeurs – Librairie de l'association pour la propagation et la publication des bons livres. Sans date — vers 1840 [?]. 439 p.) le texte mentionné ici se trouve aux pages 378 et 379 ; et voici en quoi consiste la traduction par R. du Puget du texte considéré : « […] Élève dans les champs un bûcher assez vaste pour recevoir tous ceux qui sont morts avec Sigurd / Environne le bûcher de tentes, de boucliers, de bannières d'une belle teinte, et d'un grand nombre de guerriers. Brûle-moi à côté du héros. / Brûle de l'autre côté mes serviteurs parés avec de l'or, deux à la tête et deux éperviers ; alors tout se trouvera égalisé. / Mettez entre nous le glaive tranchant incrusté avec de l'or ; qu'il nous sépare encore une fois, comme lorsque nous montâmes dans le même lit ; nous étions époux de nom. / Alors les portes resplendissantes d'or ne lui tomberont pas sur les talons quand ma suite l'accompagnera. Ce voyage ne paraîtra pas misérable. / Car le héros sera suivi par cinq femmes de service et huit serviteurs de bonne race, tous gens de mon pays natal, et par les ancêtres que Budle a donnés à sa fille / J'ai beaucoup parlé ; j'en dirais encore davantage, si le glaive m'en laissait le temps. La voix faiblit… La blessure enfle… J'ai dit la vérité… Je devais finir ainsi. »

5 – Dans les Flots du Rhin

Gudrun se réfugia au royaume de Danemark. Ses frères Gunnar et Hogni tentèrent de l’amadouer par des offrandes en compensation de tous les torts qui lui avaient été infligés. Devant la défiance que Gudrun manifesta à l’égard de Gunnar et de Hogni, Grimhild usa à nouveau de ses talents de sorcellerie. Elle élabora un philtre qui rendit Gudrun plus malléable et oublieuse des griefs qu’elle nourrissait à l’encontre de ses frères.

Bientôt Gudrun et ses frères se réconcilièrent. Bientôt Gudrun épousa malgré elle le frère de la défunte Brynhild, le roi Atli, qui régnaient sur les Huns.

Atli convoitaient le fabuleux trésor que posséda Sigurd, l’or merveilleux que possédaient maintenant Gunnar et son frère Hogni. Atli invita donc Gunnar à les visiter, lui et son épouse Gudrun, leur sœur. Il leur laissa entendre qu’il songeait à les instituer héritiers de son royaume.

Gudrun invita ses frères à se défier du roi Atli. Gunnar et Hogni ne tinrent aucun compte des avertissements de Gudrun et se rendirent à l’invitation d’Atli. À leur arrivée dans le royaume des Huns, il paraissait évident que les intentions du roi Atli à leur égard n’étaient pas amicales. Mais ne pouvant supporter l’idée de fuir honteusement, ils poursuivirent avec dignité leur chevauchée jusqu’au palais d’Atli.

Là ils durent livrer bataille contre les Huns. Le combat fut farouche, terrible. Gudrun qui s’était armée de pied en cape se joignit à ses frères. Et s’accomplit alors un grand désastre, un carnage immense. Gudrun, Gunnar et Hogni en réchappèrent néanmoins. Le roi Atli et ses Huns triomphaient ! Gunnar et Hogni furent entravés, chargés de fer.

Alors le terrible Atli, le roi des Huns, dit à Gunnar de lui indiquer où le fabuleux trésor de Sigurd, qu’il avait confisqué, était dissimulé. Gunnar refusa d’indiquer le lieu de la cachette. Il s’exalta et dit qu’il lui faudrait voir le cœur arraché de son frère avant que de révéler un tel secret ! Atli fit arracher de la poitrine d’un esclave le cœur, et le fit porter encore palpitant devant Gunnar. Gunnar jugea le cœur trop tremblant pour être celui de son frère. Alors le roi Atli fit arracher le cœur de Hogni. Et il le fit porter, ce cœur sanglant, devant Gunnar.

Gunnar sut qu’il s’agissait là du cœur de son frère. Alors Gunnar dit qu’il était seul désormais à savoir où le trésor était dissimulé. Le Rhin conservera l’or longtemps encore, avant que les Huns puissent en parer leurs armes, leur dit-il !

Atli fit alors jeter Gunnar, mains liées dans une fosse où se trouvaient rassemblés des serpents venimeux, à la morsure mortelle. Mais Gudrun procura une harpe au supplicié. Gunnar parvint à en jouer avec les pieds et à charmer ainsi les serpents ; tous les serpents, sauf un, à l’aspect monstrueux, qui se jeta sur lui et le mordit.

Atli souhaita se réconcilier avec son épouse Gudrun. Il fit rendre aux morts, à Gunnar, à Hogni, les honneurs funèbres. Il donna un grand banquet de funérailles. Alors Gudrun trancha la tête des deux fils conçus avec Atli. Elle fit sertir une coupe dans chacun de leurs crânes. Et elle offrit lors du banquet à boire au roi Atli, dans ces coupes, mêlé à du vin, le sang de ses fils ! Et alors, quand les coupes furent vides, elle lui dit ce qu’elle avait fait ! Et elle poignarda son époux, le roi Atli ! Et elle mit le feu à l’immense palais de bois.

Voilà de quoi se montrait capable une femme ayant mangé du cœur d’un dragon !

Svanhild était douce et jolie. Elle était la fille de Gudrun. Svanhild devait épouser le vieux roi Iormunrek, homme d’un naturel jaloux. Il suspecta la charmante Svanhild de porter atteinte à son honneur en lui étant infidèle. Il la fit piétiner par ses chevaux. Les derniers fils de Gudrun vengèrent la mort de leur sœur. Ils tranchèrent les membres du roi Iormunrek. Alors les gens du vieux roi lapidèrent à mort les fils de l’infortunée Gudrun.

En ce qui concerne l’or qui se trouva maudit
par le Nain Andvari,
le trésor du dragon Fafnir,
il demeura caché par les flots du Rhin.
Et personne, jamais,
ne le retrouva.

Patrick Émile Carraud

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