ALEXANDRE DUMAS
AVENTURES DE LYDERIC
PREMIER COMTE DE FLANDRE
— Copyright © Patrick Émile Carraud, 2002-2014 —
PRÉFACE
de
Patrick Émile Carraud
Les Aventures de Lyderic sont inspirées d’une vieille légende courant depuis fort longtemps dans le Nord de la France ; où elle est avérée depuis le XVIe siècle. Traduite du bas-allemand elle connut un essor tel que ses personnages principaux, Lyderic, figure du héros civilisateur, fondateur de villes, et Phinaert, furent les modèles des grands mannequins d’osier défilant en procession tous les ans dans les rues de la métropole lilloise.
Mais Alexandre Dumas ne se contente pas ici de simplement rapporter, d’adapter la légende de Lyderic. Il la modifie considérablement, il lui donne l’épaisseur et la consistance qui peut-être à ses yeux lui manquaient, en y greffant des éléments constitutifs des « Aventiure von den Nibelungen », la vieille légende nordique issue des sagas, de la tradition germanique.
Ainsi, tous ces personnages que le lecteur n'oubliera vraisemblablement pas avant longtemps (Chrimhilde, Gunther, Brunehilde et, bien sûr, Hagen), l’essentiel des Aventures de Lyderic et tout, ou presque, de ce que le lecteur s’en remémorera (par exemple, le nom de l’épée du héros : Balmung — comme se nomme celle du Siegfried germanique) auront-ils été extraits en fait, de la substance de la légende des Nibelungen.
Au XIXe siècle, le mouvement romantique, en provoquant un renouveau fondamental du goût, de la sensibilité, en cherchant à s’affranchir de l’héritage gréco-latin qui s’imposait à la culture occidentale depuis la Renaissance, depuis le classicisme plus particulièrement encore, en cherchant à s’affranchir, en partie, de l’hégémonie qu’avait toujours, malgré la Révolution, conservée l’Église sur les consciences, avait amené les esprits forts à s’intéresser à tout ce qui ne devait rien, ou bien peu, à ce que nous pourrions nommer l’Antiquité classique, à s’intéresser à ce qui s’y était substitué, à tout ce qui avait prévalu avant le triomphe du judéo-christianisme.
Ainsi s’était-on piqué de curiosité pour le Moyen Âge, ainsi s’était-on piqué de curiosité pour toutes ces mythologies mal connues des lettrés, toujours survivantes dans le folklore, dans la mémoire populaire, que l’on commença alors à transcrire, ou dormant dans les vieux recueils de parchemins sur les rayons poudreux de certaines bibliothèques.
On redécouvrit alors des écrits vénérables. On tira de l’oubli qui manqua les engloutir de nombreux textes ; le « Hildebrandslied » en 1812, bientôt le « Beowulf », l’un des plus anciens poèmes de la littérature anglaise, en 1815, et parmi d’autres, en 1835, la « Chanson de Roland ».
Mais, en prélude à cela, dans la bibliothèque du château de Hohenems, les « Aventiure von den Nibelungen » 1 avaient, dès 1755, été exhumées de la poussières des âges.
De ces « Aventiure von den Nibelungen » de nombreux auteurs du monde germanique se sont inspirés. Mais, sans conteste l’oeuvre la plus célèbre qui en traita demeure la Tétralogie de Richard Wagner, « Der Ring der Nibelungen » (« l’Anneau du Nibelung »), qui fut présentée au public pour la première fois à Bayreuth en 1876, et composée des quatre opéras intitulées « Das Rheingold » (« L’Or du Rhin »), « Die Walküre » (« La Valkyrie »), « Siegfried », et « Götterdämmerung » (« Le Crépuscule des Dieux »).
Précisons que la tétralogie wagnérienne, et, dans une moindre part, nettement, Les Aventures de Lyderic d'Alexandre Dumas, ne s’appuient pas seulement sur la légende des Nibelungen, mais aussi sur de nombreuses autres légendes germano-scandinaves.
Parmi celles-ci, s’appuient-elles notamment sur ces légendes rapportées par l’Edda en prose et l’Edda poétique islandaises, la Völsunga saga 2.
La Völsunga saga (où Siegfried se nomme Sigurd) reprend principalement, en la structurant avec plus ou moins de bonheur, la substance des textes eddiques, mais aussi la matière d’autres textes médiévaux nordiques, germaniques, anglo-saxons voire ; et celle de certaines sources que, par ailleurs, nous ne connaissons pas, de sources aujourd'hui perdues.
Dans la postface de ce volume, nous vous proposons un court résumé de la légende des Ni(e)belungen, un autre de la Völsunga saga.
Nous l’avons jugé utile afin de satisfaire un tant soit peu le lecteur curieux, car le roman de Dumas, Aventures de Lyderic, ne livre qu’un aperçu très fragmentaire, ne recrée pas tout à fait le climat des textes germanoscandinaves d’où sa matière, en grande partie, provient. Ainsi, par exemple, et par rapport aux Aventiure von den Nibelungen, l’évocation des Burgondes, des Huns, le long épisode de la vengeance de Kriemhild, manquent cruellement…
S’inspirant de ces textes évoquant un univers fondamentalement païen, Dumas nous a livré un petit roman plaisant, mais évoquant par trop tous ces récits hagiographiques un peu niais, alors de bon ton.
Sa Légende de Lyderic, marquée du sceau d’un christianisme un peu mièvre, nous semble vouloir marier trop maladroitement des parties trop dissemblables, des mythes éternels au mythe chrétien.
Si, donc, ici, dans ce volume, nous vous proposons un court résumé de la légende des Nibelungen, un autre de la Völsunga saga, si nous avons jugé cela utile c'est bien afin de satisfaire un tant soit peu le lecteur ne disposant pas, ou estimant ne pas pouvoir disposer du temps nécessaire à la lecture de l'intégralité des vieux textes légendaires.
Ces résumés, ces évocations ne livrent qu’un aperçu très fragmentaire, ne recréent pas tout à fait le climat des textes germano-scandinaves qui les inspirent. Ces textes évoquent, nous l'avons dit, un univers fondamentalement païen, des mythes éternels dont les résumés que nous proposons ne peuvent rendre compte tout à fait.
Patrick Émile Carraud
1 – La graphie Nibelungen se trouve plus répandue que celle comportant un e après le i : Niebelungen.
2 – Ou Saga des Völsungär.
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